Alors qu’on est à quelques jours du joli mois de mai, retour en arrière de quelques semaines pour vous raconter mes quelques jours à Belgrade. Une ville qui, à l’instar d’Istanbul où je me trouve actuellement, fait déjà office de porte entre l’Occident et l’Orient. Je vais définitivement franchir son seuil cette nuit…
Belgrade, 27 au 31 mars 2012
Depuis Zabljak il n’y avait pas trente-six mille possibilités pour poursuivre ma virée dans les Balkans. Impossible de se rendre à Srebrenica par exemple, en tout cas aisément et rapidement. En revanche il y a un bus qui part à 14h pour rejoindre Belgrade vers 20h. Ok,let’s go for a ride !


Belgrade donc. Comme l’impression de se jeter dans la gueule du loup ! C’est du moins la vision qui m’apparaissait de l’Histoire recentre des Balkans, renforcée par ce que j’ai vu et entendu ces dernières semaines dans les ex-Républiques de la Fédération socialiste…
Et pourtant, ici comme ailleurs, on a tourné la page des sombres années 90. Au sens propre comme au figuré, la capitale serbe veut sortir de l’hiver et fêté son printemps :

Photo prise dans le parc de Kalemegden, au nord de la vieille-ville, qui offre une vue magnifique sur la Save et le Danube, ainsi que sur les tanks et autres avions de combat du musée militaire. J’avais soif de découvrir le point de vue serbe sur la décennie de guerre passée ; j’ai été servi !
Un petit avertissement au préalable : ci-dessous je n’engage que ma vision personnelle et très partielle du récent conflit. J’étais trop jeune entre 1992 et 1995, les bombardements de 1999 « me sont plus familiers » si j’ose dire mais ce n’est que le terme d’une partie du drame qui s’est joué ici durant les années 90. Je me réjouis par conséquent de recevoir d’éventuels éclairages et compléments, tant que l’on reste courtois et poli ,-)
Après le musée national sur la place de la République (hors sujet, collection permanente non visible du fait de travaux), je me suis rendu sans trop d’enthousiasme au musée d’ethnographie (le genre de truc qui me gonfle habituellement). Mais là, soit j’ai vieilli (inéluctablement), soit c’était particulièrement captivant (objectivement, oui), à choix ;-). L’exposition intitulée « La culture serbe aux XIXème et XXème siècle » émet l’hypothèse selon laquelle au-delà des différences culturelles et géographiques relatives à quatre zones bien définies (côtiere, dinatique, « panomienne » et centrale),

…le découpage territorial actuel ne revêt que peu de sens. :
A dire vrai et pour être passé par l’Albanie auparavant et par la Grèce ensuite, j’en suis assez persuadé, tant ces peuples partagent une communauté de destins.
Le Kosovo illustre en particulier la problématique. C’est un Croate qui m’a pris à partie dans la troisième auberge de jeunesse en quatre nuits (eh oui, j’ai pas chômé !) : « A ton avis le Kosovo peut-il être indépendant ? ». Réponse « languedeboisisante » comme on dit en politique en expliquant qu’actuellement les conditions-cadre ne sont peut-être pas réunies, mais que dans un futur à plus ou moins long terme… « No way ! », m’interrompt-il brutalement ! Connerie de point de vue des médias et des politiques occidentaux selon lui, le Croate, qui se vante d’oser passer seul ses vacances dans les bars et les boîtes de Belgrade, alors que n’importe quelle voiture immatriculée « HR » (Hrvatska, Croatie) se fait au minimum rayer la carrosserie (l’inverse est vrai aussi).
Bon, le gaillard était échaudé par le mauvais alcool qu’il s’envoyait à longueur de fin d’après-midi (il émergeait aux alentours de 16h). Puis il a fait schmolitz avec moi et m’a emmené écouter de la musique live, en me faisant passer pour un Français de Paris, « plus facile pour la drague », malgré mes fringues de voyageur au long cours ;-)
Des montées de volume de la sorte, où des subtilités du genre « Don’t say « Skopje, Macedonia ». Just say « Skopje », ‘cause it has always been part of Greece. » (ça, c’est du gars qui m’a pris en stop en descendant de Prionia sur Litochoro, précédent billet) j’en aurai entendu à la pelle durant mon séjour dans les Balkans. Donc même si la volonté de tourner la page existe, nous ne sommes pas encore parvenus à « La Fin de l’Histoire ».
Belgrade – la belle verte
Ou encore
Belgrade, la possibilité d’une île
Sur un ton plus léger maintenant, mais sujet tout aussi important cependant !
Dans toutes les villes dans lesquelles je suis passé il y a des initiatives favorables à l’environnement et au bien-être des habitant-e-s. A Belgrade comme ailleurs, les contrastes sont saisissants entre cette vision apocalyptique en plein centre-ville…

…et la piétonisation de plusieurs rues comme ici :

Au-delà d’un vaste réseau de transports en commun parfois vétustes mais néanmoins efficaces, de nombreux parcs et de rues piétonnes, c’est l’île d’Ada Ciganlija (soit « Ada Island » en bon anglais, ou alors « Beograd », la mer de Belgrade comme l’ont surnommée les habitant-e-s) qui m’a marqué.
Après une sombre époque où il était question d’exécution publique dans les marécages (bigre !), l’île est devenue le lieu de délassement des Belgradois-e-s et une excursion touristique en semaine (100’000 visiteurs / jour) comme le week-end (300’000…mais rassurez-vous, ça s’éparpille bien ;-)).
La voiture y est proscrite ou alors on paie son dû…

…et pour cause : l’île est largement desservie par les transports en commun. La création d’un grand lac artificiel de 8km de long, dont on peut faire le tour à pied, s’y baigner…

…ou pêcher…

…boire un verre ou manger dans les nombreux restaurants et gargotes tout autour, n’a visiblement eu qu’un impact minime sur la richesse de la faune et la flore…


…du reste de l’île.
Belle parenthèse au milieu de l’urbain en tout cas, surtout après un lendemain
de soirée en compagnie de mon ami Croate ;-)
A la sortie de l’île aux lueurs du soir :



Autrement dit, la capitale serbe a réussi là où Genève traîne encore des pieds du fait de certaines réticences. Hauts les cœurs, ça devrait être pour l’année prochaine au bout du lac !

Pour rejoindre Athènes, je suis finalement descendu en train par Skopje plutôt que par Sofia vu qu’il y aurait dû y avoir une liaison ferroviaire avec la Grèce. Or ce n’est plus le cas depuis le début de la crise économique et les grèves à répétition. Seule possibilité, un bus à 6h du mat’ pour rejoindre Théssalonique. Je l’ai saisie le lendemain de mon arrivée dans la capitale macédonienne. Mauvais feeling avec cette ville. Faut dire que la pluie et le froid (comme le dernier jour à Belgrade) n’aident jamais à apprécier l’urbain.
La suite ? C’est par Litochoro (au pied du Mont Olympe, précédent billet ), Athènes et les îles du Dodécanèse, qui méritent un dernier billet avant la Turquie.
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